Hommage de Claude LISE à Aimé CESAIRE


COMMUNIQUE


En ce jour de profonde émotion et de tristesse pour la Martinique et les Martiniquais, pour toutes celles et pour tous ceux qui, à travers le monde en eux l’œuvre et la parole inestimables d’Aimé Césaire, j’ai d’abord une pensée pour ses enfants, pour sa famille, pour son compagnon de toujours, le Docteur Aliker.

En mon nom personnel, en celui des élus du Conseil Général et de mon épouse Gisèle, je leur adresse mes plus sincères condoléances.

Les premiers souvenirs qui me reviennent concernent l’homme au parcours d’une exceptionnelle cohérence. L’homme que j’ai eu le privilège de côtoyer pendant plusieurs années et de fréquenter dans son intimité. L’homme qui savait, au quotidien, donner une traduction concrète aux valeurs humanistes qui sont au cœur de son œuvre littéraire et que l’on retrouve aux fondements mêmes de sa pensée et de son action politiques. L’homme qui possédait cette façon bien à lui, comme l’a si justement souligné son amie Jacqueline LEINER, de « refuser le paraître au bénéfice de l’être ».

Je pense donc à l’humaniste. En l’éveilleur de conscience. A l’inlassable défenseur d’un humanisme universel et enraciné. Celui qui avec Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas, a forgé le concept de négritude. La négritude qui, pour lui, n’avait rien d’un négrisme, rien d’un dolorisme, rien d’un sectarisme.

J’ai évidemment en mémoire, à ce propos, le discours qu’il a prononcé lors de la conférence organisée en 1987 par l’Université Internationale de Floride autour de cette notion de négritude. Ce discours référence dans lequel il précise notamment que la négritude renvoie « à l’une des formes historiques de la condition faite à l’homme » et qui établit clairement que la négritude est un humanisme appelant tous ceux qui s’en réclament au devoir de participer à l’achèvement de « l’humanisation de l’humanité ».

La pensée d’Aimé Césaire constitue un apport inestimable à la réflexion éthique de notre temps. A l’idée que l’on peut se faire de l’homme, de sa condition, de ses rapports avec sa culture et avec les cultures du monde. Tout ce que résume cette fameuse formule contenue dans la lettre à Maurice Thorez : « il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier et par dilution dans l’Universel ». Tout ce que porte son œuvre poétique et littéraire où se trouve l’essentiel de sa pensée et qui est un véritable hymne au dialogue des cultures et des imaginaires.

Pour nous Martiniquais, il est l’homme du combat pour la dignité, du combat pour la responsabilité, du combat pour l’identité. Celui qui a contribué, de manière décisive, à réhabiliter la part africaine de notre identité. A créer les conditions de la pleine expression de notre identité plurielle. Il nous a constamment mis en garde contre toute conception carcérale de l’identité en nous rappelant, et en appelant à tous les peuples du monde, que « c’est le voyage jusqu’au bout de soi qui nous fait découvrir l’ailleurs et le tout ».

En ces temps de mondialisation, marqués par le risque de dilution des identités, la montée des fanatismes et les tentations de repli sur soi, le message d’Aimé Césaire est particulièrement actuel et pour tout dire, indépassable. Il résonne dans le cœur de nombre de femmes et d’hommes, à travers le monde, comme un message de solidarité, de liberté, de fraternité universelle et d’espérance.

Claude LISE
Sénateur de la Martinique
Président du Conseil Général


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